Saint-Félix, enquête sur un hameau français

Du documentaire à la fiction, de l'enquête au fantastique, Saint-Félix raconte la rencontre de quatre citadins avec un petit village à la beauté hypnotique, en pleine mutation.

Saint-Félix nait d’une enquête menée dans un hameau du même nom, quelque part en France. La compagnie Babel a rencontré et interrogé ses vingt habitants.
Sur scène, quatre comédiens se lancent dans la reconstitution de Saint-Félix  qui devient un endroit semi-réel et semi-imaginaire, miroir des tensions du monde. L'enquête peu à peu se ressère et le fantôme d’une jeune femme morte au village vient peu à peu hanter tous les esprits.
Entre documentaire et fiction, conte et enquête, de l’illusion du diorama au théâtre de marionnettes, Saint-Félix interroge les fantasmes du regard citadin devant ce « paradis perdu » mais aussi le regard de chacun sur les possibilités de représentation du théâtre:  comment raconter et restituer un lieu sur scène?

Découvrez le teaser

 

PRESSE

Télérama  TT

"Relations humaines, survie des agriculteurs, recherche d'activités pour l'avenir...au fil des témoignages, émotions et pensées s'entremêlent pour rendre la complexité de ces vies rarement représentées sur scène..." Emmanuelle Bouchez, le 15/01/19

Libération

"Comme dans Hamlet, il y a un spectacle dans le spectacle, où la vérité surgit. Le son se trouble, c’est par la distorsion qu’Elise Chatauret met sur scènes des fureurs qui ne craignent plus d’exploser, le racisme invasif, et questionne le sentiment d’être chez soi quand on vient d’ailleurs, ou interroge les bouleversements écologiques et les inquiétudes de ceux qui observent les ruches se vider, et les hirondelles déserter. Imperceptiblement, et en partant de rien, Saint-Félix, enquête sur un hameau français prend une dimension métaphysique." Anne Diatkine, le 14/01/19

Lire l'article de libération

France Culture 

le 17/12/18 - "Une vie d'artiste" Aurélie Charon

Ecoutez l'émission ici  

Découvrez Elise Chatauret à 37'

 

Equipe artistique

Écriture et mise en scène :
Elise Chatauret

Dramaturgie et collaboration artistique :
Thomas Pondevie

Avec :
Justine Bachelet, Solenne Keravis, Emmanuel Matte et Charles Zévaco

Scénographie et costumes :
Charles Chauvet

Lumières :
Marie-Hélène Pinon

Création sonore :
Lucas Lelièvre

Régie générale :
Jori Desq

Marionnettes :
Lou Simon

Production :
Compagnie Babel - Elise Chatauret

Coproduction :
Mc2 Grenoble ; Festival théâtral du Val d’Oise ; Le POC – Alfortville. Avec le soutien de la Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France – Ministère de la Culture. Avec le soutien de Théâtre Ouvert et du Cent-Quatre. Avec la participation artistique du Jeune théâtre national.  Avec le soutien d’Arcadi Île-de-France, du département du Val de Marne, du Fonds SACD pour le théâtre, de l'ADAMI et de la SPEDIDAM.

La Compagnie Babel est en résidence artistique au Théâtre Roger Barat d’Herblay, avec le soutien de la Ville d’Herblay, de la DRAC Ile-de-France, du Conseil général du Val d’Oise et du Festival du Val d’Oise. Action financée par la Région Ile-de-France au titre de la permanence artistique et culturelle.

Voyages à Saint-Félix

J’ai depuis longtemps le désir d’écrire un spectacle à partir de l’exploration d’un territoire. Je rêvais d’un lieu isolé, éloigné de toute grande ville. J’ai découvert Saint-Félix en me promenant en France. Dans ce hameau apparemment déserté et enclavé vivent des agriculteurs de plusieurs sortes (de petites et de grosses exploitations, massives ou bios, familiales ou industrielles), des Européens, des étrangers de plusieurs pays du monde tombés amoureux de la région, de jeunes « néo-hippies », des gens riches, des gens modestes. La population de Saint-Félix est très hétérogène. C’est un terrain d’enquête intéressant.

Si j’ai pour habitude de mener personnellement l’enquête qui prévaut à chacun de mes projets, j’ai eu le désir pour Saint-Félix de travailler en équipe : les comédiens, le scénographe, la créatrice lumière, le dramaturge, m’accompagnent à tour de rôle lors de mes voyages. L’équipe de Saint-Felix est pour partie la même que Ce qui demeure, le précédent projet de la compagnie, manière pour moi de poursuivre et d’approfondir avec cette même équipe notre travail sur la question du document et de la fiction au théâtre. Nous menons notre enquête à partir d’entretiens, nous passons du temps à observer et à partager des moments de vie avec les habitants du lieu.

Nos voyages à Saint-Félix ont commencé en janvier 2017 et se sont terminés en juin 2017. Nous avons laissé passer plusieurs semaines entre nos séjours, tissé des liens sur la durée avec les personnes rencontrées, nous sommes revenus souvent pour prendre et donner des nouvelles. Nous avons expliqué la raison de notre présence quand on nous la demandait, nous avons essayé d’être le plus précis possible sur notre démarche. Nous avons pris le temps de rencontrer les gens sans rien enregistrer, de laisser les choses arriver, le temps s’étirer. Nous ne sortions le magnéto que quand nous étions certains qu’il pouvait être oublié. Les entretiens prenaient alors la forme de conversations, parfois banales. C’est souvent dans les considérations les plus anecdotiques que se disaient des choses profondes.

LES FILS NARRATIFS DU SPECTACLE

Au fil de nos entretiens, des problématiques émergent peu à peu à l’échelle du hameau. Par extension et par analogie elles donnent à entendre un certain état de la France et ressurgissent de part et d’autres dans le spectacle en créant des thèmes et fils narratifs multiples, traités en creux ou de façon plus directe. 

L’identité-  la majorité des habitants ne viennent pas de Saint-Félix. Ils s’y sont retrouvés. Ils viennent d’autres régions de France, d’autres pays souvent. Leurs propos viennent interroger la question du « chez soi ».

Le racisme- A plusieurs reprises affleure la question du racisme. Prégnante dans les récits d’Alice, la femme de John, gabonaise. Un racisme latent, ressenti parfois, mais violent. La tranquillité paisible du paysage et la gentillesse des habitants se mettent soudainement à grincer.

L’agriculture et les modes de production- la question agricole se pose de manière lancinante dans un territoire local tel que Saint-Félix: la difficulté à vivre, la charge du travail, la transformation du métier et les effets de la crise agricole, l’envie de vivre mieux.

La question de la nature et de l’écologie-  les paroles des habitants de Saint-Félix sont traversées par une inquiétude prononcée face à l’état de la nature.

Mais c’est surtout autour du destin d’une jeune femme morte au village, Lucie, que l’enquête se ressert.

Lors de notre présence à Saint-Félix, nous découvrons le destin de cette trentenaire décédée mystérieusement quelques mois avant notre venue.

Lucie quitte sa vie urbaine pour aller élever des chèvres et faire du fromage. Radicale dans ces choix, elle refuse tout ce que la société de consommation peut proposer, jusqu’à l’excès : elle refuse de se soigner, de s’équiper même au minimum pour éviter l’épuisement... Lucie incarne l’aspiration d’une génération à vivre une autre vie loin de la course au profit et à la réussite. Elle devient une figure dans le spectacle et interroge aussi le rapport d’un village vieillissant à sa jeunesse.

Nous identifiant pour partie à elle, notre enquête se ressert autour de sa vie, nous amenant à rencontrer son entourage et notamment ses parents. Sa présence fantomatique dans le village, encore très marqué par sa disparition, nous ouvre une porte sur la fiction et le conte.

La figure des enquêteurs

C’est enfin autour de l’enquête et des quatre intervieweurs eux-mêmes que se ressère le fil central de la narration. Par eux s’interrogent la transformation du réel en matière artistique et les possibilités du théâtre. Par eux s’interroge surtout le regard que nous portons sur l’autre, leurs questionnements sont un miroir tendu à chacun.

De l'enquête au spectacle

Le travail d’enquête est une méthode et un processus qui nous conduit vers le plateau. Le territoire, les paroles des habitants, les histoires racontées demandent à être traduits pour la scène.

Les paroles recueillies et retranscrites sont transformées, réécrites, et entièrement retravaillées. Certaines scènes et certains récits même sont absolument fictifs. Nous réécrivons sur la première couche documentaire, sur le modèle du palimpseste.

Les lieux, de même, sont transposés de manière non réaliste. La construction d’un diorama au cours de la représentation, reprend à la fois une chose illusionniste et absolument fantasmagorique. Nous travaillons, à tous points de vue, sur le fantasme de Saint-Félix, nous travaillons sur sa représentation, c’est-à-dire aussi, en un certain sens, sur sa délocalisation : partout en France et dans l’imaginaire des spectateurs.

Les personnes rencontrées, devenues personnages dans le geste de mise en scène, demandent également un retraitement d’envergure. Certaines figures sont couplées, de nouveaux personnages émergent. L’utilisation de la marionnette est l’instrument, dans le spectacle, d’un pas de côté et d’une déréalisation radicale qui nous sort de l’enquête tout en continuant à travailler une sorte de mise à distance du récit recueilli dans la continuité du travail de la compagnie.

RÉALISATION D'UN FILM COURT: PAR LES VILLAGES...

Hélène Harder et Elise Chatauret ont réalisé un film court à partir d'entretiens avec 6 agriculteurs du Vexin. A l'image, les acteurs de la compagnie les questionnent sur leur mode de vie, le territoire qu'ils occupent, l'activité qu'ils pratiquent, leurs difficultés et leurs joies. Pensé comme une première partie de Saint-Félix, un pont et un point de rencontre entre la pièce et les habitants du Val d'Oise, il s'agit pour les membres de la compagnie de recroiser et mettre en dialogue les thèmes de la pièce avec ceux qui traversent le territoire: crise du monde agricole, sensation d'un monde qui disparait, questionnement sur les échelles (du local ou global), sur l'identité française, la mobilité, l'opposition ville-campagne...